Après 1971 l'esprit skinhead ne disparaît pas pour autant et survit à travers les suedeheads puis les smoothies (ces-derniers portent les cheveux assez longs). Les deux adoptent le style bootboy lorsqu'ils descendent dans la rue : blue jean retroussé, Doc Marten's montantes, bretelles... C'est le style vestimentaire arboré dans le film de Stanley Kubrick "Orange mécanique". L'½uvre est violente mais le message est plus subtil qu'il n'y paraît : une critique des théories comportementalistes et une caricature des aspects les plus ridicules des sociétés modernes.
Les mods eux-aussi sont has been mais restent nombreux, en particulier dans le nord de l'Angleterre où ils sont à l'origine d'un style musical particulier, influencé par la musique noire américaine, le northern soul.
Les codes musicaux changent et chez les bootboys le reggae, le rocksteady et le ska sont vite supplantés par le glam rock (cf David Bowwie ou The New York Dolls), le pub rock (cf Elvis Costello) puis le punk rock (genre musical inventé aux États-Unis par les Stooges, les New York Dolls, encore eux, et les Ramones vers 1973-1975). Nombre des premiers punks britanniques (fin 1976-début 1977) ont le style bootboy, à commencer par les Clash (par ailleurs fans de reggae et de pub rock).
Profitant de l'explosion médiatique punk en 1977, les skinheads et même les mods réapparaissent et se mêlent au punks. Ils sont alors peu nombreux, noyés dans la masse punk. Le film Quadrophenia (1979) et le groupe The Jam participent à la relance du courant modernist. Après 1979 cependant, le punk-rock n'a plus la faveur des médias et les punks se radicalisent : ils deviennent not dead (de l'expression « punk's not dead »), ou adoptent le style des skinheads. Dès lors le mouvement skinhead connaît une nouvelle heure de médiatisation.
Ces nouveaux skinheads écoutent ou jouent du street punk et de la oi !, c'est-à-dire des formes violentes et radicales de punk-rock.Oi!, en argot cockney, est la contraction de l'apostrophe : Hey you! On entend Oï! pour la première fois sur un morceau des Clash en 1977 (Career opportunities). Les groupes précurseurs sont Menace, Angelic Upstart ou Sham 69, puis viennent Cockney Rejects, Business, Cocksparrers, The 4 Skins, Last Resort, The Oppressed, Blitz...
Cette époque connaît aussi un revival rocksteady, ska et skinhead reggae qui contribue à populariser le style skinhead avec des groupes comme Madness, The Specials, Bad Manners ou The Selecter de chez 2Tone Records. Ces musiciens adoptent un style vestimentaire plutôt modernist, mais le public est largement skinhead. De nombreux artistes jamaïcains tombés dans l'oubli refont surface (par exemple le chanteur Laurel Aitken, godfather of ska music). Le ska, énergisé par les influences punk-rock, remporte les faveurs du public skinhead de l'époque.
Mais en 1979, contrairement à 1969, la très grande majorité des skinheads sont blancs. C'est aussi de cette époque que date l'habitude de se raser les cheveux à blanc et la musique Oï de cette époque est qualifiée de closed shave (rasée de près). Le slogan ACAB (all the cops are bastards, "tous les flics sont des bâtards") fait son apparition. Dès 1979 la mode skinhead dépasse le Royaume-Uni et touche l'Amérique du Nord et l'Europe de l'Ouest (en France la première compilation skin-punk Chaos sort en 1982). C'est une contre-culture particulièrement vivace dans les années 1980, même si elle ne draîne pas la masse des jeunes. En France, Camera silens ou La Souris Déglinguée draînent un public skinhead. Il en va de même pour les Skarfaces, légende vivante du ska en France. À New York les inventeurs de la musique punk hardcore sont généralement des skinheads (Agnostic Front, Madball, MOD...), et revendiquent encore aujourd'hui leur appartenance au mouvement. Ces skinheads évoluent dans une mouvance plus large : le punk-rock, le hard-core ou encore le rock alternatif.
A la fin des années 1970 l'extrême droite britannique (British National Party et National Front) s'implante parmi les jeunes punks et skinheads blancs issus généralement des classes sociales les plus défavorisées et en situation de marginalisation. Les provocations de quelques punks, comme Sid Vicious qui arborait souvent un t-shirt à croix gammée, ont fait penser à certains que les vrais rebelles étaient les nazis. Ian Stuart, chanteur du groupe punk Skrewdriver, est un exemple typique de cette dérive. Skrewdriver était un groupe street punk apolitique (comme l'immense majorité des groupes punks à cette époque), mais particulièrement provocateur, né en 1977. Il est l'auteur du tube Antisocial. Après un split de courte durée Ian Stuart reconstitue le groupe en 1979, mais sous une forme politisée ouvertement néonazie, puis il crée Blood and Honour au début des années 80. C'est un mouvement nationaliste, raciste et en particulier antisémite. Ian Stuart ne cache pas sa fascination pour Hitler et ne tarde pas à apporter son soutien aux associations néonazies, aussi bien au Royaume Uni qu'en Allemagne. Il est suivi par une partie des skinheads qui adoptent un comportement de plus en plus violent et basculent vers l'extrême-droite. Beaucoup sont des hooligans fascinés par la violence sous toutes ses formes. Ils hurlent Sieg Heil! ou Heil Hitler dans les concerts et déclenchent de fréquentes rixes avec les autres skinheads ou les punks, sans parler des agressions envers les noirs ou les immigrés. Certains skinheads ont pu se rapprocher de l'extrême-droite pour prendre le contrepied des punks de la période 1979-1982 : rejet de la saleté, du look "destroy" mal rasé, de la clochardisation, de l'anarchisme braillard, des drogues dures... respect des valeurs familiales, du travail, de la patrie, allure physique et vestimentaire saine et propre... C'est à dire le rejet de la marginalisation et l'attachement à des valeurs à la fois populaires et conservatrices. Idéologiquement ces premiers skinheads nationalistes ratissent très large : rescapés du nazisme britannique des années trente qui servent de mentors, antisémites de tout poil, xénophobes échaudés par l'immigration, anticommunistes qui dénoncent les états soviétiques, hooligans violentissimes, punks et skinheads dépourvus de repères idéologiques qui aiment provoquer en arborant des insignes nazis (alors que leurs parents ont souvent combattu contre les nazis en 1939-45)...
Éc½urés par cette récupération de leur contre-culture et fidèles à leurs racines jamaïcaines, les skinheads antiracistes se regroupent au sein des SHARP (SkinHeads Against Racial Prejudice, mouvement fondé à New York en 1980). La figure emblématique du mouvement SHARP est Roddy Moreno, leader du groupe The Oppressed et importateur du SHARP au Royaume-Uni. The Oppressed chantent Work together (clin d'½il marxiste, prolétaires de tous pays, unissez-vous!). Les Sham 69 adaptent le chant révolutionnaire chilien El pueblo unido jamas sera vencido en If the kids are united they will never be defeated. Ces groupes réaffirment leur fierté d'appartenir à la classe ouvrière et de partager ses valeurs : fraternité, solidarité, luttes sociales... A la même époque les Dead Kennedys (groupe punk californien) dénoncent la dérive des skinheads nazis dans le morceau Nazi punks. Fuck off!. Beaucoup de skinheads sharp sont engagés au sein du Socialist Workers Party, organisation marxiste révolutionnaire qui organise de grandes grèves à partir de 1980 en réaction à la politique du gouvernement Thatcher, perçue comme très capitaliste. Les skinheads sharp sont appelés reds (rouges) par les nationalistes qui les accusent de vouloir faire basculer l'Occident dans la sphère soviétique (en fait la plupart des skinheads sharp se désignent comme travaillistes ou syndicalistes, rarement comme communistes). Les skinheads sharp considèrent les nationalistes et les néonazis comme de faux skinheads et les appellent boneheads (crânes d'os).
Dès le début des années 1980 la scène skinhead se divise. La presse focalise sur les néonazis, à tel point que l'opinion publique retient surtout cette simpliste équation : skinhead = brute néonazie. Il faut dire que dans de nombreuses régions du monde, comme l'Europe de l'Est, le style skinhead n'apparaît guère que sous sa forme d'extrême-droite. Mais les médias portent une lourde part de responsabilité dans la diabolisation du mouvement skinhead, préférant montrer des skinheads néonazis plutôt que des skinheads fans de reggae. La peur fait vendre du papier à sensations.
Les mods eux-aussi sont has been mais restent nombreux, en particulier dans le nord de l'Angleterre où ils sont à l'origine d'un style musical particulier, influencé par la musique noire américaine, le northern soul.
Les codes musicaux changent et chez les bootboys le reggae, le rocksteady et le ska sont vite supplantés par le glam rock (cf David Bowwie ou The New York Dolls), le pub rock (cf Elvis Costello) puis le punk rock (genre musical inventé aux États-Unis par les Stooges, les New York Dolls, encore eux, et les Ramones vers 1973-1975). Nombre des premiers punks britanniques (fin 1976-début 1977) ont le style bootboy, à commencer par les Clash (par ailleurs fans de reggae et de pub rock).
Profitant de l'explosion médiatique punk en 1977, les skinheads et même les mods réapparaissent et se mêlent au punks. Ils sont alors peu nombreux, noyés dans la masse punk. Le film Quadrophenia (1979) et le groupe The Jam participent à la relance du courant modernist. Après 1979 cependant, le punk-rock n'a plus la faveur des médias et les punks se radicalisent : ils deviennent not dead (de l'expression « punk's not dead »), ou adoptent le style des skinheads. Dès lors le mouvement skinhead connaît une nouvelle heure de médiatisation.
Ces nouveaux skinheads écoutent ou jouent du street punk et de la oi !, c'est-à-dire des formes violentes et radicales de punk-rock.Oi!, en argot cockney, est la contraction de l'apostrophe : Hey you! On entend Oï! pour la première fois sur un morceau des Clash en 1977 (Career opportunities). Les groupes précurseurs sont Menace, Angelic Upstart ou Sham 69, puis viennent Cockney Rejects, Business, Cocksparrers, The 4 Skins, Last Resort, The Oppressed, Blitz...
Cette époque connaît aussi un revival rocksteady, ska et skinhead reggae qui contribue à populariser le style skinhead avec des groupes comme Madness, The Specials, Bad Manners ou The Selecter de chez 2Tone Records. Ces musiciens adoptent un style vestimentaire plutôt modernist, mais le public est largement skinhead. De nombreux artistes jamaïcains tombés dans l'oubli refont surface (par exemple le chanteur Laurel Aitken, godfather of ska music). Le ska, énergisé par les influences punk-rock, remporte les faveurs du public skinhead de l'époque.
Mais en 1979, contrairement à 1969, la très grande majorité des skinheads sont blancs. C'est aussi de cette époque que date l'habitude de se raser les cheveux à blanc et la musique Oï de cette époque est qualifiée de closed shave (rasée de près). Le slogan ACAB (all the cops are bastards, "tous les flics sont des bâtards") fait son apparition. Dès 1979 la mode skinhead dépasse le Royaume-Uni et touche l'Amérique du Nord et l'Europe de l'Ouest (en France la première compilation skin-punk Chaos sort en 1982). C'est une contre-culture particulièrement vivace dans les années 1980, même si elle ne draîne pas la masse des jeunes. En France, Camera silens ou La Souris Déglinguée draînent un public skinhead. Il en va de même pour les Skarfaces, légende vivante du ska en France. À New York les inventeurs de la musique punk hardcore sont généralement des skinheads (Agnostic Front, Madball, MOD...), et revendiquent encore aujourd'hui leur appartenance au mouvement. Ces skinheads évoluent dans une mouvance plus large : le punk-rock, le hard-core ou encore le rock alternatif.
A la fin des années 1970 l'extrême droite britannique (British National Party et National Front) s'implante parmi les jeunes punks et skinheads blancs issus généralement des classes sociales les plus défavorisées et en situation de marginalisation. Les provocations de quelques punks, comme Sid Vicious qui arborait souvent un t-shirt à croix gammée, ont fait penser à certains que les vrais rebelles étaient les nazis. Ian Stuart, chanteur du groupe punk Skrewdriver, est un exemple typique de cette dérive. Skrewdriver était un groupe street punk apolitique (comme l'immense majorité des groupes punks à cette époque), mais particulièrement provocateur, né en 1977. Il est l'auteur du tube Antisocial. Après un split de courte durée Ian Stuart reconstitue le groupe en 1979, mais sous une forme politisée ouvertement néonazie, puis il crée Blood and Honour au début des années 80. C'est un mouvement nationaliste, raciste et en particulier antisémite. Ian Stuart ne cache pas sa fascination pour Hitler et ne tarde pas à apporter son soutien aux associations néonazies, aussi bien au Royaume Uni qu'en Allemagne. Il est suivi par une partie des skinheads qui adoptent un comportement de plus en plus violent et basculent vers l'extrême-droite. Beaucoup sont des hooligans fascinés par la violence sous toutes ses formes. Ils hurlent Sieg Heil! ou Heil Hitler dans les concerts et déclenchent de fréquentes rixes avec les autres skinheads ou les punks, sans parler des agressions envers les noirs ou les immigrés. Certains skinheads ont pu se rapprocher de l'extrême-droite pour prendre le contrepied des punks de la période 1979-1982 : rejet de la saleté, du look "destroy" mal rasé, de la clochardisation, de l'anarchisme braillard, des drogues dures... respect des valeurs familiales, du travail, de la patrie, allure physique et vestimentaire saine et propre... C'est à dire le rejet de la marginalisation et l'attachement à des valeurs à la fois populaires et conservatrices. Idéologiquement ces premiers skinheads nationalistes ratissent très large : rescapés du nazisme britannique des années trente qui servent de mentors, antisémites de tout poil, xénophobes échaudés par l'immigration, anticommunistes qui dénoncent les états soviétiques, hooligans violentissimes, punks et skinheads dépourvus de repères idéologiques qui aiment provoquer en arborant des insignes nazis (alors que leurs parents ont souvent combattu contre les nazis en 1939-45)...
Éc½urés par cette récupération de leur contre-culture et fidèles à leurs racines jamaïcaines, les skinheads antiracistes se regroupent au sein des SHARP (SkinHeads Against Racial Prejudice, mouvement fondé à New York en 1980). La figure emblématique du mouvement SHARP est Roddy Moreno, leader du groupe The Oppressed et importateur du SHARP au Royaume-Uni. The Oppressed chantent Work together (clin d'½il marxiste, prolétaires de tous pays, unissez-vous!). Les Sham 69 adaptent le chant révolutionnaire chilien El pueblo unido jamas sera vencido en If the kids are united they will never be defeated. Ces groupes réaffirment leur fierté d'appartenir à la classe ouvrière et de partager ses valeurs : fraternité, solidarité, luttes sociales... A la même époque les Dead Kennedys (groupe punk californien) dénoncent la dérive des skinheads nazis dans le morceau Nazi punks. Fuck off!. Beaucoup de skinheads sharp sont engagés au sein du Socialist Workers Party, organisation marxiste révolutionnaire qui organise de grandes grèves à partir de 1980 en réaction à la politique du gouvernement Thatcher, perçue comme très capitaliste. Les skinheads sharp sont appelés reds (rouges) par les nationalistes qui les accusent de vouloir faire basculer l'Occident dans la sphère soviétique (en fait la plupart des skinheads sharp se désignent comme travaillistes ou syndicalistes, rarement comme communistes). Les skinheads sharp considèrent les nationalistes et les néonazis comme de faux skinheads et les appellent boneheads (crânes d'os).
Dès le début des années 1980 la scène skinhead se divise. La presse focalise sur les néonazis, à tel point que l'opinion publique retient surtout cette simpliste équation : skinhead = brute néonazie. Il faut dire que dans de nombreuses régions du monde, comme l'Europe de l'Est, le style skinhead n'apparaît guère que sous sa forme d'extrême-droite. Mais les médias portent une lourde part de responsabilité dans la diabolisation du mouvement skinhead, préférant montrer des skinheads néonazis plutôt que des skinheads fans de reggae. La peur fait vendre du papier à sensations.