Aujourd'hui la mouvance skinhead est profondément divisée et hétéroclite. Les skinheads sont en fait à l'image de la société : leur sensibilité politique va de l'extrême droite à l'extrême gauche en passant par la gauche et la droite classique. Certains sont démocrates, alors que d'autres sont attirés par des discours qui prônent soit la dictature du prolétariat de type marxiste-léniniste soit une dictature de type fasciste. Certains sont radicalement racistes, alors que d'autres rejètent en bloc tout type de racisme (ethnique, mais aussi religieux et social). Certains sont athées ou agnostiques, alors que d'autres sont croyants (chrétiens, païens, bouddhistes).
Malgré cette diversité, il y des points communs qui les rassemblent (presque) tous : ils sont généralement issus des classes sociales modestes ou moyennes, et sont fiers de leurs origines sociales. Ils méprisent avec vitalité la police, les bourgeois et les hippies. Ils soutiennent généralement l'équipe de football de leur ville et optionnellement leur équipe nationale. Leur goût pour la provocation et la bagarre les rassemble aussi. De même, ils adorent se déhancher sur les pistes de danse lors de soirées 60's au son des musiques mod, soul ou jamaïcaines, ou pogoter lors de concerts streetpunk, Oi! ou bien hardcore. Enfin, les skinheads sont également très actifs dans la rédaction et la diffusion de fanzines dédiés à la musique, au football et à d'autres cultures (comme le tatouage par exemple).
Aujourd'hui, le monde skinhead se divise en 2 tendances : les skinheads non-politisés et les skinheads politisés.
Les skinheads non-politisés :
Ils sont présents partout en Europe, aux Amériques, en Australie, en Asie... En fait, ils sont présents partout dans le monde où il y a une scène skinhead. Ils constituent très vraisemblement la majorité silencieuse du monde skinhead. Ces derniers refusent toute récupération politique et rejètent toute aliénation à une idéologie politique ou syndicale. Toutefois, cela ne signifie pas que ces skinheads sont dépourvus de conscience politique. Bien au contraire. En réalité, ces derniers n'ont tout simplement pas envie de mélanger musique et culture skinhead avec politique. Pour eux, la politique est un poison et la scène skinhead doit revenir à ses racines des années 60, à savoir redevenir aussi apolitique que les scènes mod, psycho, scooterist ou rocker. Souvent patriotes, les skinheads non-politisés ne sont pas pour autant unis. Ceci s'explique par des sensibilités politiques hétéroclites et surtout par une culture des bandes inhérente au milieu skinhead.
Logo SHARPLes skinheads apolitiques ne sont pas racistes. Certains d'entre eux, las de voir leur culture taxée de raciste par les médias, se sont fédérés autour du SHARP (Skinheads Against Racial Prejudice). Ce mouvement est apparu à New York vers 1980 puis a été importé en Europe par les membres du groupe britannique The Oppressed. Le SHARP se veut libre de toute affiliation à un parti ou un syndicat. Il s'agit de réaffirmer le lien étroit entre la culture skinhead et la classe ouvrière (working class) et de combattre le racisme et particulièrement l'idéologie néo-nazie. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, là où le SHARP est le mieux implanté, les skinheads SHARP s'affichent souvent comme patriotes. Toutefois certains skinheads non-politisés méprisent le SHARP en raison de sa récupération par des groupes d'extrème-gauche. De même, les redskins et rasheux reprochent à certains apos d'être trop en conivence avec des skinheads d'extrême droite.
Chez les skinheads non-politisés, il existe les Trojan skinheads ou skinheads traditionnels : perpétuateurs de l'esprit de 1969, fans de reggae, de soul, de rocksteady et de ska, ils circulent souvent en scooter comme les mods, ils ne mêlent guère musique et politique. Ces derniers affichent un antiracisme sincère et revendiquent leur appartenance à la working class. Ils sont, au sens historique, les fidèles continuateurs de la première vague skinhead.
Parmi les groupes de musique skinhead non-politisés, on peut citer The Last Resort, 4-Skins, Cock Sparrer, Warzone ou encore The Business.
Les skinheads politisés
Les skinheads politisés sont avant tout des militants politiques, syndicaux et/ou associatifs qui partagent soit une idéologie d'extrême gauche soit une idéologie d'extrême-droite. Leur volonté est de faire passer un message politique radical à travers leurs concerts ou à travers leurs différents fanzines et actions. Leur militantisme politique est souvent quasi-religieux. Les skinheads d'extrême gauche et d'extrême droite partagent - souvent pour des raisons différentes - des idées communes: la nécessité d'une révolution pour renverser le système existant, l'anticapitalisme, l'antimondialisme, l'anti-impérialisme américain, l'anti-fascisme/anti-communisme. Mais le racisme des skinheads White Power d'extrême droite et l'antiracisme radical des skinheads d'extrême gauche les opposent violemment.
Parmi les groupuscules d'extrême gauche, on trouve :
- Les Redskins. À l'origine, ce ne sont pas des skinheads, mais des fans d'un groupe de soul britannique des années 1970, The Redskins (dont plusieurs membres appartenaient au Socialist Workers Party, et qui avait un discours révolutionnaire sur fond de soul-rythm'n'blues mâtiné de punk-rock). Les premiers redskins affichaient un look plutôt punk ou alternatif. Certains se sont ensuite rapproché du style skinhead en conservant quelques particularismes : bomber retourné côté doublure orange, lacets rouges, insignes communistes divers... Mais tous les redskins ne se considèrent pas pour autant skinheads. Certains redskins, en plus d'être internationalistes, sont également nationalistes, mais pas au sens du nationalisme xénophobe d'extrême droite. Leur nationalisme est un combat pour l'indépendance et la souveraineté de leur région, et pour la préservation de leur culture et de leur langue. En Catalogne, au Pays Basque ou encore en Bretagne, beaucoup de skinheads communistes sont nationalistes. Mais souvent ces derniers préfèrent le terme "régionaliste" ou "indépendantiste" à celui de "nationaliste" trop connoté négativement et à droite.
Logo du RASH- RASH : Red and Anarchist Skinheads. Le RASH, surtout européen, regroupe depuis les années 1990 d'anciens redskins de la première vague et de nouveaux skinheads engagés à l'extrême-gauche. Ses membres considèrent leur appartenance au mouvement skinhead comme un complément de leur engagement militant, le skinhead devenant une forme d'idéal ouvriériste. La plupart des skinheads RASH gravitent autour de : l'Union Anarchiste, la Fédération Anarchiste, the Anarchist Black Cross, l'Union Communiste libertaire, la CNT (syndicat anarchiste), voire la Ligue Communiste Révolutionnaire et des groupuscules guévaristes... Le RASH est un mouvement de tendance anarcho-communiste qui ne s'adresse pas qu'aux seuls skinheads. Dans ses concerts, il ratisse large : outre la présence de redskins et de skinheads anarchistes, il y a beaucoup de punks, de jeunes issus des différents milieux alternatifs et quelques hippies tous plus ou moins acquis à la cause anarchiste. Ce mouvement revendique un antiracisme et un antifascisme radical. Cependant la très grande majorité des skinheads apolitiques les renvoient dos à dos avec les néonazis à cause de leurs comportements fascisants.
Parmi la scène skinhead d'extrême gauche, on peut citer le groupe régionaliste catalan Opcio K-95 ou encore le groupe anarcho-communiste français Brigada Flores Magon.
À l'extrême droite, on trouve :
- Les skinheads nationalistes : ces derniers sont proche des partis d'extrême droite traditionnelle, comme le Front National en France. Ces skinheads ne sont ni néonazis ni suprêmacistes. Ils sont en fait identitaires, radicalement anti-gauchistes et souvent homophobes. Nombre d'entre eux sont proches de certains milieux royalistes ou de mouvements chrétiens fondamentalistes. Leur antigauchisme exacerbé les amènent à cotoyer occasionnellement les Boneheads lors de concerts ou lors de manifestations politiques. Ils sont particulièrement virulents à l'égard de l'Islam et des populations maghrébines.
Skinhead neo-nazi- Les skinheads white power : ouvertement néonazis, suprêmacistes et ségrégationnistes. On parle aussi de Boneheads ou de naziskins. Ils sont très actifs (mais assez discrets en France, à part en Alsace) et regroupés dans diverses organisations telles Blood and Honour, Hammerskins ou Combat 18 (groupe terroriste clandestin). Les skinheads sont très visibles en Scandinavie, en ex-Allemagne de l'est, dans certaines régions des États-Unis (où ils sont organisés en réseau avec d'autres organisations d'extrême-droite comme le Ku Klux Klan), ainsi qu'en Europe de l'est, notamment en Pologne, Serbie et surtout en Russie, pays qui compte le plus grand nombre de skinheads néonazis (où ils défraient souvent la chronique de part leurs nombreuses agressions contre des étrangers, ayant parfois entraîné la mort). Le look se distingue un peu du look skinhead originel : il est franchement paramilitaire, les cheveux sont généralement rasés à blanc. Les insignes sont la croix gammée, les écussons de la LVF ou de la division Das Reich, la croix celtique, les galons de la Wehrmacht ou de la SS... La symbolique germanique, viking ou celte est souvent utilisée par les bonheads qui marquent ainsi leur rejet des valeurs judéo-chrétiennes et prônent un retour au paganisme indo-européen. Les skinheads se reconnaissent grâce au sigle NS (national-socialiste, c'est-à-dire nazi), généralement accolé au nombre 88 (pour HH, huitième lettre de l'alphabet et initiales de "Heil Hitler"). Les skinheads se réclament aussi de la classe ouvrière. Dans les années 80 beaucoup d'entre-eux se considéraient comme les fils spirituels des SA (Sections d'assaut, brigades de militants nazis des années 1930 en Allemagne). Ces SA tenaient un discours à la fois nationaliste, raciste mais aussi social et étaient issus du monde ouvrier et de la petite bourgeoisie. Ils réclamaient des mesures sociales avancées et la constitution d'une armée populaire. Leurs chefs furent exécutés par les SS aux ordres d'Hitler lors de la "nuit des longs couteaux" en 1933. Hitler montrait ainsi son refus de toute opposition interne au sein de son parti.
Parmi les groupes de skinheads néonazis, on peut citer : Les allemands Landser, les australiens Fortress, les polonais Konkwista 88, les américains Bound For Glory ou encore les suédois Pluton Svea. La plupart de ces groupes incorporent des influences metal à leur musique qui reste quand même à base de oi!. Il existe, depuis quelques années, un raprochement entre les skinheads white power et les milieux black metal païens qui se reclament souvent du national-socialisme, créant un style hybride qui commence à prendre une certaine ampleur, notamment en Europe de l'Est et aux USA.
Enfin, de manière plus anecdotique, il existe d'autres identités skinheads.
- Skinheads chrétiens: Il ne faut pas les confondre avec les skinheads nationalistes identitaires. Leur positionnement est ouvertement antiraciste et antinazi. Très présents en Amérique du Nord (Canada et USA) où la scène punk-rock chrétienne est gigantesque, les skinheads chrétiens font de plus en plus parler d'eux en Europe. Ces derniers sont beaucoup plus présents dans le milieu hardcore et straight edge que dans le milieu Oi! ou Street Punk. Parmi, les groupes skins chrétiens, on peut citer le groupe de ska/rocksteady américain The Israelites, le groupe de punk hardcore américain The Deal ou encore le groupe de oi! allemand Suspekt.
- Les Gayskins : skinhead homosexuel. Le skinhead est devenu un thème classique de la pornographie homosexuelle masculine. C'est un avatar du working class boy, et le look skinhead est arboré ostensiblement par certains gays, parfois de manière caricaturale (cheveux rasés à blanc, lacets blancs, attitude martiale, vêtements paramilitaires...). Mais il existe aussi un groupuscule gay néonazi fondé par un roadie de Skrewdriver : les Gay Aryan Skinheads, qui se réfèrent aux SA (et aux m½urs grecques de certains d'entre eux). Mais ces skinheads homosexuels nazis pratiquent beaucoup moins l'art du second degré que les autres skins gays.
Conclusion
Il faut retenir que les premiers skinheads sont apparus à la fin des années 1960 et qu'ils n'étaient en aucun cas politisés et racistes. Leur point commun était leur origine sociale modeste, leur amour de la musique et leur goût pour la bagarre. C'est avec l'apparition du punk-rock en 1977 et le chômage qui frappe de plein fouet l'Europe à la fin des années 1970, qu' une partie des skinheads sont séduits par les textes néonazis de la seconde formation du groupe britannique Skrewdriver. La rupture est née.
Aujourd'hui, chaque courant skinhead évolue à part et se crée sa propre identité culturelle